Antananarivo (ats/afp) Madagascar s'est encore enfoncé dans la crise mercredi. Le chef d'état-major de l'armée nommé par le président a été remplacé par ses pairs. Par ailleurs, l'opposant Andry Rajoelina a annoncé son refus de participer à des assises nationales censées sortir le pays des troubles.
Le remplacement du chef d'état-major est intervenu au lendemain de la démission du ministre de la Défense et de violentes échauffourées à Antananarivo entre partisans du président Marc Ravalomanana et d'Andry Rajoelina, surnommé "TGV" pour son caractère fonceur.
Mercredi, un nouveau chef d'état-major de l'armée, André Andriarijaona, a pris ses fonctions sur fond de dissensions au sein des forces de sécurité, lors d'une brève cérémonie au siège de l'état-major.
Ce nouveau chef d'état-major, désigné par ses pairs selon des militaires présents à la cérémonie, remplace le général Edmond Rasolofomahandry, qui ne s'est pas exprimé lors de la passation de pouvoir. A Madagascar, le chef d'état-major de l'armée est normalement nommé par le président.
Ce "remplacement" révèle implicitement la défiance de l'armée par rapport au chef de l'Etat, au pouvoir depuis 2002.
"La négociation avec le général (Rasolofomahandry) s'est passée dans une fraternité digne de l'armée; maintenant tous les corps (militaires) qui sont à Madagascar sont derrière moi, et notre cohésion n'est pas touchée; nous allons la tenir jusqu'à la fin de toutes nos forces pour l'unité de l'armée malgache", a simplement déclaré le nouveau chef d'état-major.
Ce "remplacement" du général Rasolofomahandry intervient alors que ce dernier avait lancé mardi dans une allocution télévisée un ultimatum de 72 heures "aux décideurs politiques" pour trouver une issue à la crise politique, faute de quoi les forces armées feraient "fonctionner les affaires nationales".
Il n'était pas possible dans l'immédiat de déterminer si cet ultimatum est maintenu par le nouveau chef d'état-major.
De son côté, un sergent interrogé sous couvert d'anonymat a indiqué à l'AFP en marge de la cérémonie qu'il n'y avait "plus d'ordre à recevoir du président car c'est lui qui a créé les problèmes qui ont abîmé la cohésion des forces nationales".
Le sergent a cependant déclaré "ne pas vouloir d'un directoire militaire". "Parce que si nous prenons le pouvoir, le pays sera coulé au fond de l'océan (...), il n'y aura plus d'investissements car les gens n'ont pas confiance en un directoire militaire", a-t-il poursuivi.
De son côté, l'un des porte-parole de l'opposition a annoncé que M. Rajoelina allait boycotter les assises nationales de sortie de crise devant débuter jeudi à Antananarivo. Cette réunion est soutenue par la médiation de l'ONU et l'influent Conseil chrétien des églises à Madagascar (FFKM).
Le mouvement de M. Rajoelina estime que le "climat n'est pas serein" pour une telle réunion et que le FFKM "n'est pas crédible pour organiser ce genre d'assises".
Les assises ont été reportées "sine die", a annoncé mercredi à l'AFP le président FFKM, Mgr Odon Razanakolon. Aucune nouvelle date n'est prévue.
Paris a appelé mercredi "toutes les parties à éviter toute provocation" et à "se réunir et à rechercher ensemble par le dialogue une solution pacifique et durable à la crise".
M. Rajoelina, qui vit caché depuis une tentative d'arrestation la semaine dernière, est placé sous la protection de l'ONU, après avoir passé plusieurs jours à la résidence de l'ambassadeur de France à Madagascar, île pauvre de l'océan Indien.
Mardi, M. Ravalomanana avait reconnu des "erreurs" dans la gestion de la crise et s'était dit "prêt à écouter", dans une allocution à la télévision nationale.