Porrentruy JU (ats) L'affaire des sites pornographiques dans le canton du Jura fait une seconde victime au sein de la magistrature. Après le procureur général, c'est au tour mercredi d'un juge du Tribunal cantonal d'annoncer sa démission.
Dans sa lettre de démission au parlement, le juge Pierre Boinay affirme avoir pris cette décision après l'ouverture d'une enquête "en rapport avec la consultation de sites non professionnels". Il déclare admettre les faits tout en affirmant que ces sites n'ont aucun caractère pénal.
Le scandale a éclaté vendredi dernier lorsque le gouvernement a annoncé qu'une trentaine de collaborateurs de la fonction publique étaient soupçonnés de consulter, durant les heures de travail, des sites pornographiques à leur bureau. Dans la foulée, le Conseil de surveillance de la magistrature indiquait avoir de son côté ouvert deux enquêtes disciplinaires.
Comme le procureur général du Jura Yves Maître vendredi, le juge cantonal tient à souligner que la consultation de ces sites "n'a pas porté préjudice à la qualité de son travail". Il reconnaît que cette consultation ne respectait pas les directives de l'administration concernant l'utilisation d'internet.
Le magistrat explique qu'il n'a d'abord pas envisagé de quitter son poste, considérant que les faits qui lui sont reprochés par le Conseil de surveillance de la magistrature ne pouvaient "conduire qu'à une sanction mineure" s'il y a lieu. Mais il n'a pas voulu porter préjudice à l'institution judiciaire.
"On constate que ces deux personnes ont eu le courage de tirer les conclusions de ces malheureuses affaires", explique le ministre jurassien de la justice Charles Juillard sur les ondes de la Radio Suisse Romande. Il a ajouté que l'on ne pouvait rien leur reprocher au niveau de leur travail.
Mercredi soir sur la TSR, on apprenait que l'enquête concernait également le secrétaire du Parlement jurassien. Le président du législatif cantonal Vincent Wermeille a confirmé cette information. "La présomption d'innoncence prévaut", a-t-il ajouté. Figure du canton, Jean-Claude Montavon doit prendre sa retraite à la fin du mois.
Au total, une trentaine de collaborateurs sont visés par des enquêtes disciplinaires ouvertes à la suite des analyses réalisées par le Service de l'informatique. L'administration, le parlement et la justice sont reliés au système informatique cantonal.
L'analyse du contenu des disques durs permettra d'infirmer ou de confirmer les soupçons. Les résultats des enquêtes, confiées à une commission présidée par le juge fédéral Jean-Luc Baechler, seront connus dans plusieurs semaines. Des sanctions seront prises en fonction des infractions, notamment des sites visités.
La Commission parlementaire de gestion et des finances souligne que de tels comportements ternissent l'image du canton et jettent le discrédit sur la fonction publique. Elle assure qu'elle veillera à ce que toute la lumière soit faite sur ces dysfonctionnements.
C'est en raison de problèmes de surcharge du réseau cantonal que le Service informatique a procédé, en novembre 2008, à des analyses approfondies. Les investigations ont permis de mettre en évidence des problèmes de saturation liés à la consultation de "sites non professionnels".